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Etude

Introduction

Dans le bassin genevois, une entité géographique qui réunit deux cantons suisses (GE et VD) et deux départements français (Ain et Haute-Savoie), la bête noire, le fameux et mythique sanglier (Sus scrofa L.) fait l'objet, depuis 2002, d'un vaste projet de marquage et de suivis télémétriques. Plus de 100 personnes sont impliquées dans ce projet : ils ont permis de capturer, jusqu'en décembre 2005, 436 sangliers, dont 121 individus ont ensuite déjà été recapturés. Une innovation essentielle de ce projet est de réunir autour d'une convention l'ensemble des intervenants concernés par le sanglier. Ainsi, les dirigeants des Fédérations Départementales des chasseurs de l'Ain et de la Haute-Savoie et les services étatiques en charge de la Faune des cantons suisses (le Domaine Nature et paysage du canton de Genève et la Conservation de la faune et de la nature du canton de Vaud) ont formalisé cette collaboration avec l'appui de l'Office National de la Chasse et de la Faune sauvage (CNERA) et l'Office fédéral de l'Environnement (OFEV). Depuis 2006, ce projet transfrontalier bénéficie du soutien financier du programme européen Interreg. Au cours de la dernière décennie, les dégâts dus aux sangliers ont atteint plusieurs millions de francs dans le bassin genevois. Dans ce contexte et au vu de ses conséquences et de ses retombées directes (baisse drastique des dégâts, thèses de doctorats, travaux de diplômes et expériences concrètes), cette étude, d’un coût d’environ 152000 € soit 253000 CHF, constitue un investissement raisonnable et judicieux.

Objectifs

Outre les données sur les déplacements et l'identification des hardes, sur les remises diurnes, sur l'influence des mesures de prévention par rapport à l'utilisation de l'espace et sur l'estimation des effectifs, ce projet apportera également d'utiles précisions sur l'influence des territoires non chassés (réserves et le canton de Genève exempt de chasse) en tant que zone de refuge et sur le comportement spatial du sanglier pendant et en dehors de la période de chasse. Les impacts liés à l'urbanisation du bassin genevois seront évalués; l'adéquation des méthodes utilisées pour la recherche de même que les facteurs écologiques susceptibles d'être utilisés pour prédire la dynamique des populations dans les années à venir feront aussi l'objet d'évaluations factuelles et pratiques.

Chasse et protection

Les captures s'effectuent soit dans des cages-trappes mobiles, soit dans des corrals (surface de 20 à 30 m2). Sur les 436 bêtes marquées - dont 142 individus équipés d'émetteurs radios (colliers et boucles auriculaires) -, plus de 200 marques ont été récupérées. Moins de la moitié des colliers émetteurs et des boucles auriculaires se sont avérés défectueux ou ont été perdus. Les plus gros individus capturés sont deux mâles de 119 kg et de 110 kg. Une femelle capturée pesait plus de 92 kg. Les domaines vitaux, calculés pour 29 laies, se situent entre 147ha (Les Teppes, secteur non-chassé), 273ha (Etournel-Allondon, secteur partiellement chassé avec accès difficile au Mont Jura) et 589ha (Versoix, secteur partiellement chassé avec accès facile au Mont Jura). La plus grande distance parcourue est de 145 km (Etournel – Fribourg), par un jeune mâle. Sur 122 animaux marqués, 54% des sangliers sont prélevés dans un rayon de 2 kilomètres autour du lieu de la première capture et 7,9% des animaux sont retrouvés à plus de 10 kilomètres. Alors que l'effet dissuasif des agrainages est perceptible, le maintien des sangliers dans des endroits tranquilles (réserves sans pression de chasse ou endroits difficiles d'accès pour l'homme, donc moins fréquentés) dépend davantage de la structure du paysage (couverts denses et vallonnements, influences de barrières aux déplacements?) que de la présence de ressources alimentaires. Dans les secteurs chassés, les zones protégées jouent un rôle de refuge indéniable, ce qui limite l'impact de la régulation. Des concentrations d'animaux posent des problèmes de dégâts si elles se trouvent à proximité de cultures (rarement à plus de 1-2 km). A Genève, où la chasse est interdite depuis plus de 30 ans, les tirs de régulation nocturnes (par les gardes de l'Environnement de l'Etat) ne provoquent pas de dispersion importante des compagnies (pas de modification de comportement territorial par ces tirs "éducatifs" de jeunes animaux). L'effet de la régulation, de septembre à février, est par contre très clair : le nombre de sangliers et la taille des compagnies diminuent, sans que la stabilité des compagnies ne soit affectée!

Conclusion

La radio-télémétrie démontre la sédentarisation des sangliers et justifie la régulation des populations dans chaque secteur concerné. Vu la proximité des zones de remises et des cultures, la protection des cultures les plus fragiles, l'agrainage dissuasif ciblé sur les périodes critiques et des interventions systématiques dans les populations resteront nécessaires. L’ampleur, l’efficacité, voire la contribution de chacune des trois stratégies au succès des mesures restera difficile à déterminer, mais leur complémentarité est largement démontrée.

Ce texte est tiré de la synthèse du rapport intermédiaire faite par ECOTEC Environnement SA. Vous pouvez télécharger le rapport ici et son résumé ici

Des vidéos sont disponibles dans la partie "Capture".

Pour plus d'informations sur l'étude du sanglier dans le Bassin Genevois :